Les Chevaliers d’Hitler : Aux Origines de la Mythologie Nazie

Aujourd’hui méthodiquement décortiquée par les historiens, la genèse de la barbarie nazie tient en quelques mots : ambitions revanchardes, marasme économique et propagande haineuse qui offrirent à Hitler le socle dont il avait besoin pour bâtir le Troisième Reich. Mais d’autres origines, plus obscures, façonnèrent le mythe aryen et contribuèrent à asseoir sa légitimité. Plongée au cœur des racines occultes du national-socialisme.

Pour enquêter à l’origine des croyances, symboles et idées que brasse le national-socialisme dès ses débuts, il faut remonter à la fin du XIXème siècle en Allemagne. Le pays, longtemps morcelé en entités politiques indépendantes, fraîchement victorieux de la guerre franco-prussienne, tente de recoller les morceaux. Son identité réparée, s’y répand un courant de pensée neuf : le mouvement völkisch – formé sur le mot Volk, peuple – qui se caractérise par un fort attachement aux racines germaniques, doublé d’un sentiment de pureté et de supériorité. Très vite, la tendance se répand d’un groupuscule intellectuel à l’autre, et bientôt gagne la ferveur du grand public ; elle exacerbe une vision idéaliste de la race allemande, destinée à dominer les autres.

Cela passe par une réécriture avantageuse de l’histoire. Ainsi les ancêtres germains sont-ils glorifiés : les Goths passent à la postérité comme les tombeurs de Rome, tandis que les Chevaliers Teutoniques, conquérants des terres slaves, deviennent de véritables modèles de bravoure et de pouvoir. Attendant patiemment son heure, Hitler marche sur leurs traces dans Mein Kampf, qu’il rédige en prison, affirmant vouloir « conquérir par l’épée allemande le sol où la charrue allemande devrait faire pousser le blé pour le pain quotidien de la nation ». Un avant-goût des assauts qu’il prépare vers l’Est…

Hitler knights
Le parti nazi s’attirera vite les mérites des chevaliers en les représentant régulièrement dans ses contenus de propagande. (Photos via Olive Drab et bc.edu)

Par ailleurs, on soigne les symboles qui deviendront les étendards du nazisme. La croix gammée, ou svastika, clé de voûte de la spiritualité hindoue, devient en 1912 l’emblème de la société secrète Germanenorden (Ordre des Germains) dont l’idéologie raciste inspirera la voie radicale du parti nazi. Auparavant, ce symbole synonyme de chance ornait aussi bien les cathédrales que les synagogues, et était même distribué avant-guerre sous la forme de porte-bonheurs ! Le même ordre publie également un journal ouvertement antisémite, Der Hammer (le marteau) faisant référence au marteau tout-puissant du dieu Thor, divinité principale de la mythologie scandinave. Le mythe éclaire la volonté d’écraser l’envahisseur juif et de dominer les races prétendues « inférieures ». Cet outil sera d’ailleurs cousu sur les drapeaux des Jeunesses hitlériennes.

Nordic mythology and nazi propaganda
On retrouve des traces mythologiques dans la propagande nazie, en particulier les affiches de recrutement placardées dans les pays scandinaves. (Images via WorldWarEra)

Même l’emblème des SS, l’unité d’élite des Nazis, fait référence à d’anciens cultes païens : il est composé d’une double rune de Sigel, la personnification du soleil, supposée amener le peuple Allemand vers la domination du monde. Il faut dire que son dirigeant, Heinrich Himmler, est fasciné par l’occulte : il sera à l’origine de plusieurs expéditions mystérieuses vouées à légitimer la supériorité de la race aryenne. En 1935, il fonde un groupe de recherches hétéroclite sous le nom d’Ahnenerbe, littéralement « héritage ancestral ». S’y côtoient archéologues, ethnologues, biologistes, zoologues, astronomes, botanistes, runologues – tous acquis, de gré ou de force, à la cause nazie. Leur objectif ? Mettre au jour les reliques d’une prétendue civilisation aryenne, qui aurait selon les mythes façonné la plupart des grands événements de notre temps. Les recherches du groupe, pilotées par Himmler, servent à justifier les thèses racistes sur lesquelles le parti nazi cimente sa prise de pouvoir.

Bruno Beger nazi anthropometrics
Parmi les pseudo-sciences pratiquées par les membres de l’Ahnenerbe, l’anthropologie raciale vise à comparer différents critères physiques pour aboutir à une hiérarchisation des peuples. Ici Bruno Beger prend des mesures au Tibet, en 1938. (Photos: Bundesarchiv via Wikipedia, CC BY-SA 3.0)

Évidemment, aucun fondement véritablement scientifique n’appuie les conclusions du groupe de recherches. Néanmoins, de nombreuses expéditions sont conduites en Europe, en Asie, et même dans le sud de la France où le fantôme des bastions cathares, qui ont suscité les fantasmes du Graal ou du trésor des Templiers, font miroiter à Himmler la réponse à ses nombreuses interrogations. Lui-même adepte de cultes païens, sa bibliothèque pleine à craquer d’œuvres mystiques, le second d’Hitler participe à une véritable quête ésotérique. Pour la plupart des autres dignitaires nazis, il n’en est rien ; seule la victoire finale compte.

Cependant, le destin grandiose promis aux Aryens s’effrite à mesure que la guerre s’allonge. Les chevaliers d’Hitler, malgré leur bravoure teutonique, ne manquent pas de constater que le vent tourne… Dans la précipitation, les membres de l’Ahnenerbe détruisent la plupart des documents qu’ils ont contribué à produire et, de fait, nombre d’entre eux échapperont aux tribunaux de guerre après 1944. Le manque de preuves tangibles et la culture du secret entretenue dans les cercles völkisch a indéniablement poussé certains pseudo-historiens à tirer des conclusions hâtives. Et à faire presque passer la saga Indiana Jones pour une série documentaire.

Petra Indiana Jones nazi esoterism
« Seul le pénitent pourra le passer. »

Une petite mise en perspective s’impose. La période post-Première Guerre Mondiale, marquée par les débuts du mouvement New Age qui importe en Allemagne la spiritualité hindoue, les rituels bouddhistes et certaines pratiques mystiques – cartomancie et astrologie, par exemple – trace une frontière très floue entre sciences dures et  ésotériques. Une faille que les architectes du national-socialisme n’ont pas tardé à exploiter. S’engouffrant dans la brèche, ils y façonnent une légende mêlant chevaliers Teutons, mythes arthuriens et scandinaves, cultes germains oubliés et symboles mystérieux pour légitimer l’obsession nazie d’une race pure promise au trône du monde. Mais derrière ce corpus nébuleux se cache la réalité, froide et calculée, de l’Holocauste.

A l’exception notable d’Himmler, habité par des croyances qui poussèrent sa quête de sens jusqu’aux confins du monde, aucun des hauts dignitaires nazis ne semble avoir été « possédé » par ces spiritualités anciennes. Il s’agissait simplement de reconstruire le passé et d’idéaliser le présent pour s’adjuger l’avenir. D’ailleurs, les sociétés secrètes de Thulé ou de l’Ordre des Germains, souvent appelées en renfort des thèses mêlant nazisme et occultisme, étaient tout autant des bastions politiques de la pensée raciste, antisémite et pangermaniste du parti nazi. Thor, les vikings et les chevaliers de Terre Sainte n’étaient que des expédients pour alimenter la machine à propagande. Rien de plus.

 

 


Sources :

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