Le Jour Où la Mer Fut Fouettée

L’histoire des châtiments corporels et des peines capitales serait bien moins riche si les Perses ne s’en étaient pas mêlés. Si l’on établissait un podium des grands bourreaux de notre temps, cette puissance qui a émaillé l’Antiquité des plus cruels supplices monterait sans doute sur la plus grande marche (talonnée par l’Inquisition ecclésiastique et la téléréalité).

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L’Inquisition Espagnole inventa par exemple les « autodafés », un nom exotique pour désigner les bûchers. (Photo: Bocort/H.D. Linton via Wikipedia, CC BY 4.0)

Cependant, il fut certains châtiments dont la logique échappe encore aux historiens modernes. Pour en savoir davantage, remontons donc le temps pour atterrir en Asie Mineure, à une époque où les Perses représentent la moitié du monde civilisé.

Au Vème siècle avant J.-C., la Première Invasion Perse a laissé des traces dans l’esprit des Grecs. Retranchés dans leurs cités-état et assiégés par une armée d’Immortels, ils ont fini par se tirer d’affaire grâce notamment à un messager chevelu et au premier des marathoniens. L’histoire s’est jouée sur le fil du rasoir et, en 490 av. J.-C., les Perses sont rentrés bredouilles à leurs pénates, tandis que Spartiates et Athéniens jonglaient avec des amphores et dansaient le sirtaki avant l’heure (merci de ne pas tenir compte du manque de rigueur historique du passage précédent).

Mais la période de paix ne tardera pas à vaciller de nouveau. Entre temps, le Roi Perse Darius Ier a passé le flambeau à son fils Xerxès, avide de venger l’échec cuisant de la première invasion. Ce dernier passe donc plusieurs années cloîtré dans son palais, à rassembler les troupes, organiser la logistique et planifier l’assaut. Finalement, en 480 av. J.-C., son armée composite (grosse de 60 000 à plusieurs millions d’hommes selon les estimations historiques) fait route vers le Détroit des Dardanelles, canal séparant le continent asiatique de l’Europe ; c’est là que les Perses se fraieront un chemin jusqu’à la Grèce. Pour y parvenir, il suffit de franchir une bande de mer large de moins d’un kilomètre et demi ! (Pour information, le record du 1500 mètres nage libre aujourd’hui se situe sous la barre des quinze minutes.)

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Sur cette carte, on peut voir l’endroit où Xerxès choisit de gagner l’Europe, par la ville d’Abydos (au nord-est de la Mer Égée). On peut aussi voir la cité d’Epidamnus, qui est sans rapport avec cette histoire, mais prouve que vous avez une bonne vue. (Carte: Bibi Saint-Pol via Wikipedia, CC BY-SA 3.0)

Xerxès se frotte les mains : la victoire lui paraît plus proche que jamais. Stationné avec ses troupes à Abydos, il fait bâtir en toute hâte un pont de bateaux pour gagner l’Europe. Il faudra précisément 674 navires reliés bout à bout par des cordes de lin et de papyrus pour joindre les deux rives ! Cependant, alors que le passage des Perses est enfin rendu possible, une tempête s’engouffre dans le canal et emporte le pont flottant… Tout est à refaire pour le Roi Xerxès qui, fou de rage, ordonne l’exécution des architectes responsables. Mais, selon Hérodote, ce n’est pas là la punition la plus étrange du conflit gréco-perse.

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Soldats perses châtiant la mer, sous le regard attentif et cruel de Xerxès Ier, à l’arrière-plan.

Maudissant les flots capricieux, Xerxès fait également châtier les eaux qui emportèrent le pont : ses soldats, hurlant des insultes, dispensent trois cents coups de fouet au bras de mer, dans lequel on plonge également des fers chauffés à blanc et des chaînes pour le soumettre à la volonté des Perses !

Finalement, il aura fallu sept jours et autant de nuits pour que l’Empire Perse en personne ne vienne à bout d’un canal de 1200 mètres et n’envahisse la Grèce. Ce n’est que le début des ennuis pour l’armée de Xerxès, qui se heurte par la suite à la résistance des Hoplites aux Thermopyles – où 300 Spartiates et 700 soldats, soulevés par le roi Léonidas, retiennent des milliers de Perses pendant plusieurs jours. Malgré sa victoire, Xerxès subit d’énormes pertes en tentant de soumettre les provinces de Grèce méridionale. Il fait brûler Athènes en septembre, mais la résistance s’organise, et la flotte grecque finit par chasser les Perses du territoire dans les mois qui suivent.

Il est à noter que plusieurs tempêtes mentionnées par Hérodote contribueront à décimer les bateaux perses et à enterrer définitivement toute perspective de conquête en 479 av. J.-C.

Quant aux Perses en fuite, nombreux se retrouveront sur la rive européenne des Dardanelles, contemplant les restes du pont flottant si difficile à bâtir… une nouvelle fois ravagé par les flots.

 

 


Sources :

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