Science & Mythologies de la Fin du Monde

Armageddon, La Guerre des Mondes, Le Jour d’Après… Hollywood regorge de scénarios apocalyptiques à vous donner froid dans le dos, qui même lorsqu’ils se terminent bien, sont le théâtre d’un monde dévasté, ravagé, abritant une population au moins réduite de moitié. Pourquoi nous complaisons-nous ainsi à visionner la fin du monde ?

L’Homme s’intéresse en effet, depuis ses origines, à postuler sa propre fin. Cela commence avec les grands textes religieux. L’Ancien Testament prophétise le moment où chaque individu sera présenté devant Dieu lors du Jugement Dernier. La mythologie scandinave anticipe le Ragnarök, un cycle de destruction cataclysmique où dieux et monstres légendaires s’affrontent dans un monde dévoré par les flammes.

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La Bataille des Dieux Condamnés, illustration du Ragnarök scandinave par Friedrich W. Heine, 1882. (Photo: Wikipedia)

L’islam reconnaît l’imminence de la fin des temps par l’arrivée d’un Antéchrist borgne (toute ressemblance avec un ancien leader d’un parti d’extrême-droite serait purement fortuite). Même le bouddhisme, religion relax s’il en est, attend patiemment que les Sept Soleils orbitant autour de notre planète la réduisent en cendres…

Autant dire que les sermons donnés à la messe pourraient prendre des tournures bien plus épiques s’ils se concentraient sur ce genre de scénarios.

Mais dans le genre « faites vos adieux à la Planète Bleue », la palme ne reviendra ni aux scénaristes d’Hollywood, ni aux grands prophètes monothéistes ; les scientifiques postulent, eux aussi, la fin de notre temps avec le froid réalisme de la rationalité qui les caractérise. Amis lecteurs, nous avons le doux privilège de vivre à une époque où le monde a toutes les chances de s’arrêter de tourner. (Pour rappel, l’Horloge de la Fin du Monde indique en 2017 minuit moins deux minutes et trente secondes.)

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« La fin est proche » : Homer prophétise la fin du monde (s. 16, épi. 19) dans la série Les Simpson. (Photo: Endofworldbook)

Des experts du Future of Humanity Institute, installés à l’Université d’Oxford, avançaient dès 2008 que nous avions 19% de « chances » qu’un risque majeur débouche sur l’extinction de l’humanité avant l’année 2100.

[Note intermédiaire : le rédacteur de ce billet ne travaille pas pour une compagnie d’assurance-vie.]

Penchons-nous donc sur les scénarios estimés scientifiquement les plus probables à mener notre existence à son terme.

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La première hypothèse implique la « nanotechnologie moléculaire ». Si vous savez déjà ce que c’est, déjà, bravo pour votre Prix Nobel, et ensuite, vous pouvez sauter le paragraphe qui suit.

La nanotechnologie moléculaire est une sorte de processus de construction à l’échelle moléculaire. Pour faire simple, pensez à une chaîne de montage sur laquelle des ouvriers assemblent des composants pour en faire un produit fini (comme une voiture). Maintenant, imaginez le même procédé à l’échelle microscopique, une sorte de méga-construction de Lego où chaque pièce est un atome différent. Cela signifie que nous pourrions, en maîtrisant les technologies adéquates, bâtir des structures entières de molécules et ainsi reconstituer tout ce que l’on souhaite – une chaise, un yaourt nature, un virus… Pour poursuivre l’analogie, il nous suffit de posséder la notice de montage des Lego (la structure moléculaire à obtenir), les pièces correspondantes (des atomes employés dans ladite construction) et l’enfant pour les assembler (une nanotechnologie moléculaire révolutionnaire).

 

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« La science est un jeu dont la règle du jeu consiste à trouver quelle est la règle du jeu. » – François Cavanna

Le problème, c’est que si l’avènement de la nanotechnologie moléculaire est porteur de grandes promesses pour l’avenir de l’humanité – endiguant la faim dans le monde, empêchant le vieillissement, guérissant les maladies – il peut aussi amener la fin de l’Homme. Des armes de destruction massive hyperpuissantes pourraient être développées en utilisant ces technologies, notamment sous la forme de robots auto-réplicants qui pilleront les ressources naturelles de la planète afin de créer de nouvelles versions d’eux-mêmes. Cette hypothèse, défendue par Eric Drexler sous le terme de « grey goo », est au sommet des préoccupations des scientifiques du Future of Humanity Institute, associée à une probabilité d’extinction de masse à hauteur de 5%.

Le second risque de fin du monde est porté par l’avènement d’une super-intelligence artificielle qui dépassera l’Homme en termes de capacités intellectuelles et se libérera alors de son contrôle. C’est une sorte de « Tremblez, mortels : les robots prennent le pouvoir » à la I, Robot ; mais souvenez-vous du film, toutes les machines étaient contrôlées par une intelligence artificielle qui s’était posée bien plus de questions que ce pourquoi elle avait été programmée.

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Quand les robots domineront notre quotidien. (Photo: © Jon Berkeley via The Economist)

D’éminents scientifiques tels que Stephen Hawking travaillent sur le sujet avec un grand soin, ce qui devrait vous donner une idée du risque auquel notre progrès technique en matière d’intelligence artificielle nous expose… Pour les petits malins imaginant qu’il suffirait de débrancher la prise de courant du dangereux robot, sachez qu’armé d’une super-intelligence, ce dernier aura tôt fait de s’émanciper des technologies de recharge qui constituent sa faiblesse, et de devenir auto-suffisant. Et nul robot ne pourrait être, comme nous, traversé de convictions morales ou éthiques – ce qui ne laisserait aucune limite à son développement.

Moins probables mais tout autant effrayants, les scénarios apocalyptiques étayés par les scientifiques reposent également sur une guerre nucléaire globale, du type de celle que nous avons frôlée pendant la Guerre Froide. Et l’actualité géopolitique est ici plus utile que les travaux des scientifiques pour éclairer cette possibilité : tests de missiles depuis la Corée du Nord, menaces nucléaires avec les Etats-Unis, course effrénée à l’arme atomique au Moyen-Orient… De même, la menace d’une pandémie (naturelle ou créée en laboratoire) généralisée plane au-dessus de nos têtes, tout comme celle du terrorisme nucléaire, mais le total de ces probabilités avoisine les 3 chances sur 100 selon les chercheurs du Future of Humanity Institute. Or, ce sont ces risques qui, quotidiennement, émaillent l’actualité ; ce sont sans doute aussi les premiers à vous venir en tête lorsque l’on vous parle d’extinction de masse.

Mais désormais, la science a parlé et vous voilà moins rassuré que jamais.

Une dernière chose : les apocalypses prêchées par les grandes religions ont cela en commun qu’elles ne postulent pas seulement la fin d’un monde, mais le début d’un autre, sous la forme d’un cycle créateur qui se renouvelle au fil du temps. Pour certains, la fin de l’Homme, à son tour, serait synonyme d’espoir pour la nature, pour les animaux que la planète abrite, et pour les aliens qui ne seraient que trop ravis de coloniser un monde déserté par l’humanité.

A méditer.

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Sources :

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