Conversations Célestes : des Messages dans l’Espace

La nuit tombe. Vous vous apprêtez à vous coucher mais, en fermant vos volets, vous remarquez une ombre étrange qui se faufile dans les fourrés de votre jardin. Dans cette situation, préférez-vous (a) lancer dans sa direction un franc « Bonsoir, que puis-je faire pour vous ? » ou (b) vous munir de votre téléphone et composer le numéro de la police ? Ou, tout au moins, (c) rester silencieux le temps de déterminer si menace il y a ? Je pense que tout un chacun choisirait la discrétion au fait de se faire remarquer.

Pour autant, malgré ces réflexes de survie gravés dans notre ADN depuis la nuit des temps, il semble que la règle « Ne parle pas aux étrangers » martelée par toutes les mamans du globe ne s’applique pas à tout le monde. Contre toute attente, ce sont les esprits les plus brillants de ce monde qui furent les premiers à l’esquiver, envoyant des messages aux confins de la galaxie depuis des années.

La Recherche d’Intelligence Extra-Terrestre (ou Search for Extra-Terrestrial Intelligence, SETI pour les intimes) est un programme d’exploration spatiale en cours depuis un demi-siècle. Dès que les êtres humains apprirent à maîtriser les technologies avancées de communication, ils en firent bon usage en lançant aux entités alien l’équivalent d’un carton d’invitation pour un cache-cache intersidéral.

L’une des premières tentatives de ce (troisième) type se nomme « Message d’Arecibo ». Lancée en 1974 depuis le télescope éponyme localisé à Porto Rico, la communication comprend une série d’informations basiques sur l’humanité, cryptée en binaire, puis envoyée du bout d’une antenne de plus de trois cents mètres de long vers l’Amas d’Hercule – à quelques 22 000 années-lumière de la Planète Bleue. On y trouve donc les chiffres de 1 à 10, les composants de l’ADN, le schéma grossier d’un corps humain, la population mondiale (4,3 milliards à l’époque), ainsi que notre position dans le Système Solaire (oui, ils savent) et d’autres bribes d’information qui pèsent 1 679 bits au total.

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Message d’Arecibo : de gauche à droite, cryptés en binaire, les chiffres de 1 à 10 (blanc), les composants de l’ADN (violet), les nucléotides de l’ADN (vert), le nombre de nucléotides dans l’ADN (blanc) ainsi qu’un schéma de sa structure en double-hélice (bleu), la représentation d’un être humain (rouge), sa taille moyenne (bleu) ainsi que l’estimation de la population mondiale de l’époque (blanc), un schéma du Système Solaire (jaune), une représentation du télescope Arecibo (violet) et de ses dimensions (blanc et bleu). (Source: Arne Nordmann via Wikipedia, CC BY-SA 3.0)

Trois ans plus tard, alors que les sondes Voyager et leur disque d’or s’apprêtaient au grand départ, un astronome volontaire du nom de Jerry Ehman planchait sur des données extraites du télescope-radio « Big Ear » à Columbus, dans l’Ohio. A 22h16, il détecte une anomalie dans l’intensité du signal reçu, qui dépasse de 30 fois la fréquence habituelle ; immédiatement, il cercle de rouge la retranscription numérique de l’anomalie et signe l’expression « Wow ! » à côté, ce qui donnera à l’événement son nom resté à la postérité : le « signal Wow ». Originaire de la constellation du Sagittaire, ce dernier fut interprété par certains comme une tentative de communication extra-terrestre, hypothèse largement désavouée par la communauté scientifique (ou par les Men In Black qui sont venus flashouiller dans l’Ohio… à vous de jouer, les conspirationnistes.) D’autres thèses jonglent avec des termes tels que « scintillement interstellaire » ou « nuages cosmiques » mais aucune ne fait l’unanimité parmi les experts.

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Les données sur lesquelles Jerry a détecté l’anomalie forment le code « 6EQUJ5 ». Certains pensent qu’il s’agit du numéro d’immatriculation d’un véhicule alien. La police s’interroge. (Credit: Big Ear Radio Observatory and NAAPO, 1977 via Wikipedia)

Des expérimentations similaires à celle de l’Arecibo ont été conduites sous des formes variées, qui vont du classique « Aliens, regardez ! C’est une photo de nous ! » – Mission Pioneer, 1972/73 – à la capsule temporelle digitale – A Message from Earth, 2008. Cette dernière fut diffusée vers la planète Gliese 581c, localisée à 200 milliards de milliards de kilomètres de chez nous, apparemment parce qu’elle présenterait des caractéristiques proches de la Terre, donc potentiellement capables d’abriter la vie. (Jusqu’à présent la capsule a parcouru environ un tiers du chemin.) Mais s’il ne reste pas dans toutes les mémoires, l’initiative A Message from Earth appela la communauté scientifique à répondre à une sérieuse question : qu’adviendrait-il si nos efforts pour communiquer avec les compères d’E.T. ne tournaient pas à notre avantage ?

Un rapport, publié en 2015, se chargea d’y répondre :

Le fait de signaler intentionnellement notre position dans la Voie Lactée soulève des interrogations de la part de toute l’humanité, concernant à la fois le message et ses conséquences. Avant que tout contact ne soit établi, il est impératif qu’une discussion scientifique, politique et humanitaire ait eu lieu.

Depuis le siècle dernier, l’humanité a envoyé des tas de choses dans l’espace : navettes, satellites, fusées, singes explorateurs, une chanson des Beatles, les cendres de personnes décédées, une grande variété de sons terrestres, une pizza (Pizza Hut est devenue en 2001 la première entreprise à livrer une pizza dans l’espace) ainsi que de courageux hommes et femmes et un paquet de communications. L’idée générale étant la suivante : les humains ne savent si la vie existe en dehors de leur planète d’origine ; alors, au plus fort de leurs capacités technologiques, pourquoi ne pas transmettre un message au reste de l’univers et voir si quelqu’un (quelque chose ?) répond ?

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Notre terrain de jeux favori : la NASA estime à environ 500 000 le nombre de débris en orbite autour de la Terre, qui filent à près de 30 000 km/h.

L’idée sonnait sans doute très bien dans les années 80, à l’époque où E.T. faisait un carton en salles, mais aujourd’hui la communauté scientifique est bien moins enthousiaste à la perspective de jeter les clés de la planète aux confins de l’univers. Comme le résume Stephen Hawking, « Si les aliens nous rendent visite, l’issue en serait similaire à l’arrivée de Colomb en Amérique, qui n’a pas bien tourné pour les Amérindiens. »

Par ailleurs, même si les formes de vie extra-terrestres n’étaient pas si dangereuses, comment pourraient-elles communiquer avec nous ? Elles ne comprendraient certainement pas le binaire, encore moins le sens du son d’une vague ou de la photo d’un nouveau-né – pourraient-elles seulement compter, entendre, ou voir ? Et si les aliens n’avaient pas conceptualisé les couleurs, les nombres, la vie, la mort, l’amour ? Enfin, en admettant qu’ils existent – après tout, Carl Sagan calculait que près d’un million de civilisations intelligentes vivait dans notre propre galaxie – pourquoi ne communiqueraient-ils pas déjà avec nous, en modelant les nuages ou en faisant remuer la queue des chiens à une fréquence particulière, et nous n’avons toujours rien remarqué ?

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La suprématie de l’homme sur la Terre fut scellée lorsque son intelligence lui a permis de s’élever au-delà de toutes les autres espèces, et de dominer son environnement. A partir de là, il a bûcheronné sans vergogne, pavé des routes, ouvert des supermarchés, perforé les océans à la recherche de carburant pour ses machines, avec peu de respect pour l’atmosphère et la biosphère environnantes. D’où l’énorme point d’interrogation suspendu au-dessus de notre Planète Bleue : si marcher sur un insecte ne nous cause pas de souci, pourquoi une entité étrangère traiterait-elle notre espèce différemment ?

 


Sources:

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