Comment une Pomme Déclencha la Guerre de Troie

Pelée et Thétis sont plus heureux que jamais. Le héros grec et la nymphe se marient ! Célébré au sommet du Mont Pélion, surplombant la mer Égée, l’événement rassemble tout l’Olympe : Zeus, roi des dieux, son épouse Héra, son frère Poséidon, qui règne sur les océans… L’intégralité du panthéon grec s’est réunie en une joyeuse tablée disposée sur douze trônes d’or. A en juger par les éclats de rire et les conversations enjouées, tout le monde semble passer un bon moment… Il faut dire que le nouveau couple a de qui tenir : Zeus lui-même, qui organise la somptueuse réception, a offert à Héra une lune de miel de 300 années !

Les jeunes mariés contemplent leurs invités, les yeux brillant de reconnaissance. Mais leurs sourires béats s’éteignent lorsqu’apparaît, à l’extrémité de la table, une silhouette inattendue : Éris, déesse de la discorde, n’a pas reçu de carton d’invitation. Ce qui pourrait expliquer sa mine revancharde et son sourire mauvais… Sœur du dieu de la guerre Arès, Éris a comme lui hérité d’un goût pour le conflit, avec une habilité toute particulière à piquer la jalousie de ses pairs. Et le fait qu’elle se soit invitée à la cérémonie ne présage rien de bon…

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Les noces de Thétis et de Pelée par Hendrick van Balen et Jan Brueghel l’Ancien, 1630, Musée du Louvre. (Source: Pascal3012 via Wikimedia)

A mesure que chaque invité prend conscience de la présence de la déesse – et de ses intentions belliqueuses, à n’en pas douter – le silence s’installe dans l’assemblée. Satisfaite de son effet, Éris, d’un geste théâtral, brandit une pomme dorée à la vue de tout l’Olympe. Certains murmures se font écho de part et d’autre de la table du banquet. « C’est un fruit du Jardin des Hespérides ! Que fait-il en sa possession ? » Cependant, rien ne peut troubler le malveillant manège de la déesse, qui inscrit désormais un mot sur le fruit, avant de l’envoyer rouler sur la table autour de laquelle les convives s’interrogent du regard.

La pomme dorée slalome entre les plats d’ambroisie et les coupes de nectar, et sa course s’arrête au milieu de la table : les dieux découvrent qu’il porte la mention « à la plus belle ».

Zeus enfouit son visage dans ses mains. Thétis jette à son mari un regard inquiet ; on dirait que la fête est finie. Athéna, déesse de la guerre et de la sagesse, s’est levée, tout comme Héra, épouse de Zeus, et Aphrodite, divinité de la beauté. Une minute plus tôt, les trois déesses bavardaient poliment – mais la courtoisie s’est évaporée avec l’entrée en scène d’Éris. Chacune, désormais convaincue qu’elle mérite le fruit comme gage de sa grande beauté, en appelle au jugement des dieux ; la conversation s’envenime, et la sœur d’Arès se frotte les mains…

Incapable de prendre une décision objective – sa propre femme est en compétition – Zeus donne à Pâris, un jeune homme originaire de Troie, la responsabilité de trancher l’épineuse question. Il missionne Hermès d’aller quérir le mortel : flanqué des trois déesses, le messager des dieux s’envole vers le Mont Ida, au sommet duquel il retrouve Pâris, surveillant son troupeau de moutons.

« Pâris, puisque tu es aussi beau que tu es compétent dans les affaires de cœur, Zeus te donne l’ordre de décider laquelle des trois déesses est la plus belle, » l’informe Hermès avant de repartir vers l’Olympe. Réticent de prime abord, le berger accepte d’arbitrer la querelle, et exige de voir les divinités tour à tour afin de les examiner sous toutes les coutures. Ce qui leur donne l’occasion de tenter de le corrompre sans craindre une oreille indiscrète : ainsi, Héra lui promet la couronne de toute l’Asie, et de faire de lui l’homme le plus riche de la planète ; Athéna, qui lui succède, lui offre la victoire dans chaque bataille ; mais Aphrodite est celle qui paraît le comprendre le mieux. L’égérie de la beauté s’approche du mortel, et évoque une femme nommée Hélène, l’une des plus belles que le monde ait jamais portées. « Pourquoi n’épouserais-tu pas Hélène de Sparte, qui est aussi belle que moi et tout aussi passionnée ? » lui murmure la déesse, tandis que les joues de Pâris rougissent légèrement. Aphrodite lui promet sa main en échange du trophée ; le Troyen accepte son offre sans l’ombre d’un doute, et lui remet la pomme dorée, déclenchant la furie des autres concurrentes.

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Le Jugement de Pâris par Henri-Pierre Picou, 1824-1895. (Source: Wikipedia)

Le fait que la belle Hélène soit déjà l’épouse légitime de Ménélas, Roi de Sparte, ne refroidit pas le mortel ; armé de la promesse d’Aphrodite, qui bénit son navire et lui envoie un vent favorable, Pâris prend la mer, direction Sparte. Et à son arrivée, Ménélas l’accueille en grande pompe avec des célébrations qui doivent durer neuf jours. A la suite d’une période de séduction aussi courte que stéréotypée – incluant le fait d’écrire « Je vous aime, Hélène » de son doigt trempé de vin – Pâris enlève la belle de son cœur qui fuit Sparte et son naïf époux en direction de Troie.

Quand le souverain apprend que le jeune Troyen a trahi son hospitalité, il explose de colère, et en appelle à son frère, le puissant Agamemnon. Ce dernier l’aidera à prendre sa revanche en unissant une impressionnante flotte grecque à l’assaut de Troie, qui laissera la ville en cendres au terme d’un conflit de neuf années…

Ainsi, le récit mythique de l’Iliade, rapporté par Homère, donne à une simple pomme d’or (et à la vanité des dieux) la responsabilité de la Guerre de Troie. Il fait également écho à l’épisode biblique du « fruit défendu » et de la chute de l’Homme du paradis en raison de la curiosité maladive d’Ève.

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Représentation du péché originel par Pieter Paul Rubens, 1615. Si le fruit de la tentation a pris l’apparence d’une pomme, c’est sans doute lié à une mauvaise traduction du terme pomum (latin pour « fruit ») reproduite par la suite dans de nombreuses œuvres picturales. D’autres hypothèses avancent qu’il s’agirait d’une poire, voire d’une figue. (Source: Wikipedia)

D’où l’expression « pomme de discorde » définissant un sujet sensible, la garantie de conflits et de débats sans fin. La revanche d’Éris entraîna, pour sa part, des batailles sanglantes, un cheval creux, et ironiquement, la mort du propre fils de Pelée et Thétis – l’heureux couple du début de l’histoire… Achille, valeureux capitaine des Myrmidons, succombe d’une simple flèche fichée dans le talon, son unique point sensible : flèche dont Pâris, le beau berger, est l’archer.

 


Sources:

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