Comment La Lune Permit à Christophe Colomb de S’Éclipser

On a tous appris par cœur le nom de Christophe Colomb, l’un des explorateurs les plus renommés au monde qui a pris l’Amérique pour les Indes en 1492. Certains postulent que des expéditions vikings pourraient avoir prédaté la découverte dès la fin du Xème siècle ; on dit même du religieux irlandais Brendan de Clonfert qu’il fut le premier à poser le pied en territoire américain, entre les années 530 et 550.

Mais saviez-vous que Colomb s’est montré assez ingénieux pour s’extirper, ainsi que son équipage, de la menace d’une tribu caribéenne en n’utilisant rien d’autre qu’un traité d’astronomie ? (Et non, il n’a pas usé de cet ouvrage volumineux pour assommer qui que ce soit.)

Revenons des siècles en arrière. Cela fait plus de dix ans que Colomb a « découvert » l’Amérique, mais l’explorateur ne compte pas s’arrêter de sitôt. Au lieu de prendre des vacances bien méritées après son troisième voyage – il a déjà environ 52 ans et séjourné en cellule dans les mois qui précèdent – l’Italien met les voiles pour l’Amérique centrale. Dans la lentille de sa longue-vue, Cuba, puis Hispaniola.

Mais l’océan, capricieux, réserve encore bien des surprises à Colomb… Après avoir essuyé une violente tempête au large des côtes jamaïcaines, ses bateaux jettent péniblement l’ancre sur les sables de Saint James’ Bay, en 1504, afin d’éviter d’endommager davantage la flotte déjà bien abîmée. Il n’en faut pas plus pour que les Occidentaux attirent l’attention de la population locale…

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John Vanderlyn, Christophe Colomb arrivant à Guanahani, 1847 (Source: www.aoc.gov)

Les marins se montrent d’abord méfiants, mais constatent rapidement qu’ils n’ont rien à craindre. Les regards qui pleuvent sur eux sont autant curieux que bienveillants, et leur capitaine s’empresse d’en profiter en négociant des vivres le temps des réparations. Aussi ironique que cela puisse paraître pour un vieux loup de mer, il ne s’aperçoit pas que le vent tourne. Les abus répétés des Espagnols sur ce territoire – pillage notamment – ont mis fin à cette relative hospitalité. La tension monte.

Dans l’intimité de sa cabine, Colomb s’efforce de désamorcer la situation. Comment procéder ? S’il ne reprend pas la mer sous peu, ce dernier voyage pourrait bien lui coûter la vie, et – pire encore – le peu de renommée qu’il lui reste, auquel il s’accroche désespérément. Son regard tombe soudain sur un ouvrage qui dépasse des rayons de la bibliothèque de bord : un livre d’astronomie. Ces derniers sont en effet très utiles pour déterminer grâce aux étoiles la position précise d’un navire en mer. Curieux, le capitaine le feuillette, l’esprit ailleurs. Mais un passage retient son attention : une éclipse lunaire totale est prévue pour le mois de février de cette même année.

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Voilà sa chance. Colomb patiente tant bien que mal jusqu’au jour précédent la prédiction et organise une rencontre avec le chef de tribu local. Son ton est alors beaucoup plus confiant, voire intimidant : il menace de faire disparaître la Lune du ciel si on ne répond pas par l’affirmative à toutes ses demandes… Comme on peut l’imaginer, personne ne le prend au sérieux. On lui rit au nez.

Mais lorsque, dans la nuit du 29 février, l’astre lunaire s’obscurcit et disparaît des cieux, la peuplade locale finit pas croire aux dons de l’Italien… Pris de panique, les natifs implorent Colomb de rappeler la Lune à sa place parmi les étoiles. Les bras chargés, bien entendu, de vivres à faire craquer les cales de la flotte espagnole…

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Les Indiens assistent, médusés, à la réalisation de la prophétie de Colomb… (c) National Maritime Museum, Greenwich, London

Il faudra encore quelques mois supplémentaires – beaucoup plus calmes néanmoins – pour que l’équipage de Colomb ne soit secouru par un bâtiment espagnol, ce qui mettra fin aux aventures de l’explorateur italien dans le Nouveau Monde. Ses demandes répétées pour une part des profits faits sur les territoires conquis resteront ignorées de la Couronne ; il finira ses jours dans une relative indifférence, lui qui, deux ans plus tôt, commandait la Lune.


Sources :

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