Paul Deschanel ou l’Incroyable Président

Paul Deschanel est né à Bruxelles, en 1855. De retour à Paris après quelques années (ses parents avaient fui l’instabilité politique instaurée par le futur Napoléon III), Paul suit des études littéraires avant de se lancer dans les traces de son père en politique.

A l’époque, le quotidien d’un politicien dépasse les banales poignées de main ou la signature de traités officiels : Paul, jeune député, la trentaine, n’a pas froid aux yeux lorsqu’il incrimine « le Tigre » Georges Clemenceau en dénonçant son implication dans le Scandale de Panama – une affaire de corruption liée au percement du canal éponyme ayant fait grand bruit à l’époque.

L’affaire se règle au duel à l’épée – sérieusement – entre Clemenceau et Deschanel. Ce dernier est battu, sans blessures sérieuses ; cela ne l’empêche pas de briguer la tête du pays et d’être nommé Président de la République en 1920. (Comme quoi, l’urne est plus forte que l’épée.)

Quelques mois plus tard, le nouveau chef de l’Etat effectue une tournée sur la Côte d’Azur. Après un discours enflammé donné à Nice, la foule ne cesse d’acclamer l’orateur : flatté, Paul le répète, mot pour mot. Du côté de Menton, il ramasse les fleurs jetées à ses pieds et les renvoie à leurs expéditeurs.

En mai, lors d’un voyage en train, Paul passe par la fenêtre de son compartiment autour de minuit. Vêtu d’un pyjama, il finit par rencontrer un travailleur qui, s’il ne le reconnaît pas, n’hésite néanmoins pas à le soigner et à lui offrir un lit pour la nuit. Seule la femme de l’ouvrier semble réaliser qu’il s’agit d’un invité particulier, car elle déclare peu après : « J’avais bien vu que c’était un monsieur : il avait les pieds propres ».

paul-deschanel-tombe-du-train
Edition du 25 mai du Petit Journal reportant l’incident. (Source: ETC)

D’autres évènements, bien que non avérés dans les faits – les papiers de l’époque s’en donnèrent à cœur joie – vinrent s’ajouter à la liste et contribuer à tourner le Président en dérision : on raconte par exemple que, parlant très sérieusement avec des députés dans un parc, Paul ressent soudain l’envie urgente de grimper à un arbre. Une autre histoire le dépeint pris d’un besoin de faire quelques longueurs dans un lac où il se jette à moitié nu, sans prévenir.

Finalement, sa santé se détériorant un peu plus jour après jour, Paul Deschanel remet sa démission en septembre 1920, après 7 mois et 3 jours à la tête de l’Etat français.

Il se rétablira assez rapidement et reviendra même à des fonctions politiques, puisqu’il se fait élire sénateur par la suite. Finalement, l’histoire de ce Président pas comme les autres permet de mettre les choses en perspective : dans le passé, un chef d’Etat quittait son poste si sa santé mentale déclinait. Aujourd’hui, on élit les plus fous.

 


Sources:

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s