« Le Palais Idéal » / Hauterives, France

Ferdinand Cheval était un facteur français à la fin du dix-neuvième siècle. Il travailla à la poste de Hauterives, commune de la Drôme, pendant de nombreuses années ; sa tournée quotidienne, longue de trente-trois kilomètres, serpentait à travers la campagne drômoise. Mais un jour d’Avril 1879, le facteur trébucha sur une pierre et chuta de son vélo. Plus de peur que de mal : il se releva et se pencha, intrigué, sur la roche coupable de retarder un bon fonctionnaire dans ses fonctions.

Après mûr examen, convaincu que la pierre n’avait rien de commun, il l’enfouit dans sa poche. Il ne le savait sans doute pas encore, mais cette découverte accidentelle était un premier pas vers le projet auquel il allait consacrer les trente-trois prochaines années de sa vie. Ainsi, le jour suivant, il revint à son point de chute, à la recherche d’autres pierres curieuses à collecter.

Ferdinand se remémora alors un songe qu’il avait fait des années auparavant : une nuit, il rêva qu’il construisait un palais monumental de ses mains. Alors qu’il avait depuis laissé s’évaporer ce projet onirique, ces découvertes réveillèrent sa motivation à le concrétiser. « Je me suis dit : puisque la Nature veut faire la sculpture, moi je ferai la maçonnerie et l’architecture » écrira-t-il plus tard.

Ainsi, chaque jour, le postier d’Hauterives se chargeait de pierres tandis qu’il se délestait de son courrier. Il commença par fourrer des cailloux dans ses poches, et ensuite, dans un souci de productivité, entreprit de les transporter dans un panier, puis une brouette. De plus en plus de roches s’amoncelaient dans son jardin. S’il était dépourvu de savoir technique relatif à la construction, Ferdinand reproduisait néanmoins, jour après jour, le palais qui lui était apparu en rêve. Cela lui prendra trente-trois années de labeur.

facade-est
Façade est du Palais Idéal. (Source: facteurcheval.com)

Le résultat était impressionnant : vingt-quatre mètres de haut, des inspirations égyptiennes, hindoues, romaines, incluant des cascades, des sculptures animales – certains pans de la structure étaient même recouverts de végétation. Cette mosaïque bariolée de styles et de formes prit le nom de « Palais Idéal » ; Ferdinand, alors âgé de 77 ans, demanda d’y être inhumé. Cependant, la loi française de l’époque désapprouvait cet usage, et l’infatigable facteur se mit à bâtir son propre mausolée, au cœur du cimetière local. Il y fut enterré peu après l’avoir achevé.

Ces constructions sont aujourd’hui considérées comme les pierres angulaires (excusez le jeu de mots) de l’art naïf, qui rassemble les créations faites par ceux qui n’ont pas reçu la formation artistique adéquate.

Moralité : aucun rêve ne tient debout s’il ne commence par une chute…

 


Sources:

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