L’Histoire en Six Mots d’Hemingway

Ernest Hemingway (1899-1961) est aujourd’hui considéré comme l’un des auteurs les plus influents du vingtième siècle. Ses œuvres font la part belle aux histoires courtes, dont le célèbre le Vieil Homme et la Mer, publié en 1952, qui rafla le Prix Pulitzer.

If faut savoir que notre Ernest commença sa carrière en tant que journaliste pour un quotidien établi à Kansas City, où l’on lui a appris à “faire des phrases courtes”, principe qu’il appliqua tout au long de sa carrière d’écrivain.

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Ernest. (Source: Babelio.com)

Mais la réalité et la légende se mêlent en ce qui concerne une autre histoire courte attribuée à l’auteur américain : le mythe veut que, alors qu’il déjeunait avec d’autres amis écrivains (apparemment au Lüchow’s, un restaurant de Manhattan), il leur paria dix dollars qu’il serait capable d’écrire une histoire complète sans utiliser plus de six mots. Chacun tint le pari : Hemingway saisit alors une serviette en papier et y griffonna quelques notes, avant de la faire passer autour de la table. On pouvait y lire la formule suivante :

“À vendre : chaussures enfant. Jamais portées.” (For sale: baby shoes. Never worn.)

Il remporta la mise !

Cette histoire est un cas classique de “fiction éclair” (flash fiction) qui consiste à raconter une histoire tout en utilisant un nombre limité de mots. Bien que certains fassent remonter l’origine de ce genre littéraire aux Fables d’Ésope de l’Antiquité grecque, voire aux contes indiens de Jātaka, le concept a particulièrement pris son envol sous l’impulsion d’Internet. On peut citer en exemple la “twittérature” qui rassemble des œuvres de fiction publiées sur le réseau social, dont la contrainte est de ne pas dépasser la limite des 140 mots autorisés.

Le défi que lance la “micro-littérature” tient au fait ses auteurs doivent mettre en place une intrigue tout en respectant les contraintes d’un nombre de mots limité. Ainsi, l’interprétation est laissée au lecteur : l’œuvre ne doit pas montrer, mais bien suggérer. La tragédie du décès d’un nouveau-né et surtout de la perte d’un enfant est ici seulement évoquée par Hemingway, mais cela suffit à stimuler l’empathie du lecteur, alors qu’il n’a pas été préalablement “mis en contexte”.

Toutefois, il faut savoir que la paternité de cette histoire est âprement contestée, puisqu’une publication similaire avait fait les titres d’un journal américain dès 1910.

En tous les cas, elle illustre parfaitement le fait que les contraintes littéraires nous poussent à plus de créativité et même, parfois, de subtilité ; et quelle que soit sa longueur, une bonne histoire est toujours une bonne histoire.

 


Sources:

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